La naissance et l’évolution de la littérature algérienne d’expression française


     La littérature algérienne d’expression française naît dans un contexte marqué par la colonisation française, au début du XXe siècle. Écrire en français, pour les premiers auteurs algériens, est à la fois une contrainte et un acte de réappropriation: ils utilisent la langue du colonisateur pour dénoncer la domination et affirmer leur identité. Des écrivains comme Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri ou encore Mohammed Dib ont ouvert la voie à une parole algérienne dans la langue française. Leurs œuvres évoquent souvent la misère, l’injustice et les fractures d’une société colonisée, tout en valorisant la culture et les traditions locales.

     Après l’indépendance en 1962, la littérature algérienne d’expression française prend une nouvelle direction. Elle s’interroge sur la construction nationale, les désillusions de l’après-guerre et la quête d’identité. Des auteurs comme Kateb Yacine, avec Nedjma (1956), ont fait de la langue française un outil de libération symbolique : « La langue française est un butin de guerre », déclarait-il. Cette génération a transformé la langue du colonisateur en instrument de résistance et de création.

     Dans les années 1980-1990, marquées par la montée du terrorisme et les crises politiques, une nouvelle voix littéraire émerge. Assia Djebar, Tahar Djaout ou encore Rachid Mimouni interrogent la condition de la femme, la mémoire collective et les dérives du pouvoir à cette époque-là. Ces écrivains explorent la douleur et la complexité de l’histoire nationale tout en affirmant la pluralité des identités algériennes.

     Aujourd’hui, une génération post-indépendance poursuit ce dialogue entre mémoire et modernité. Des auteurs comme Yasmina Khadra ou Nina Bouraoui revisitent la question de l’identité, de la langue et de l’exil. Cette littérature se veut ouverte sur le monde, tout en gardant vivante la mémoire d’un passé douloureux. Elle continue d’incarner la tension féconde entre héritage colonial et affirmation d’une voix proprement algérienne.

     « J’écris pour me souvenir, pour que les miens sachent d’où ils viennent et ce qu’ils ont souffert. Ce que je raconte, c’est la vie d’un petit montagnard kabyle, fils d’un pauvre, qui découvre peu à peu le monde des “autres”, celui des Français, celui où il faut parler une autre langue pour être entendu. J’ai appris cette langue non pas pour oublier la mienne, mais pour que ma voix, celle des humbles, puisse traverser les murs du silence. » Mouloud Feraoun, Le Fils du pauvre (1950)

Questions

1.    Comment la langue française, d’abord imposée, est-elle devenue un moyen d’expression identitaire pour les écrivains algériens ?

2.     En quoi les œuvres de la première génération d’auteurs (Dib, Feraoun, Mammeri) reflètent-elles la réalité coloniale ?

3.     Comment Kateb Yacine justifie-t-il son usage de la langue française ?

4.    Quelles continuités et ruptures peut-on observer entre les générations d’écrivains algériens d’expression française ?

5.    Comment la littérature contemporaine (Khadra, Bouraoui) traite-t-elle des thèmes de la mémoire, de l’exil et de l’identité ?

6.    En quoi la maîtrise de la langue française, dans le passage de Mouloud Feraoun, représente-t-elle à la fois un instrument d’émancipation et une trace du colonialisme ?

Last modified: Sunday, 30 November 2025, 11:03 AM