La littérature maghrébine d’expression française s’est développée dans le contexte de la colonisation, de la quête identitaire et de la décolonisation culturelle. Chez Assia Djebar, figure majeure de cette littérature, l’écriture devient un moyen de libération et un espace de parole pour les femmes longtemps réduites au silence. Son œuvre explore la mémoire collective, le corps féminin, et la douleur de l’enfermement social.

Femmes d’Alger dans leur appartement (Assia Djebar, 1980)

« Les femmes d’Alger ne sortent pas encore tout à fait. Leurs voix, d’abord chuchotées, montent des terrasses, glissent dans les ruelles, se mêlent aux bruits de la ville.

Elles s’éveillent lentement, comme si la lumière leur faisait peur, comme si la parole était un feu qui brûle la bouche.

Longtemps, elles ont appris à se taire. Leurs mères leur ont transmis ce silence, plus lourd que le voile, plus pesant que les murs.

Mais à présent, elles savent que la parole aussi peut être une arme.

Je les entends, mes sœurs invisibles : elles parlent bas, mais elles parlent. Elles disent l’attente, la peur, la tendresse, la mémoire.

Et j’écris pour elles, non pour leur donner une voix — elles l’ont toujours eue —, mais pour qu’elle résonne enfin dans l’air libre.»

Questions

-      En quoi ce texte illustre-t-il une renaissance collective des voix féminines?

-      Que symbolisent la lumière et le feu dans ce passage?

-      Comment l’auteure transforme-t-elle un héritage de silence en héritage de parole?

-      Quelle image de la femme Assia Djebar dresse-t-elle ?

-      Faites un bref commentaire critique sur ce passage.

Définitions

Chuchoter : parler à voix très basse, presque inaudible.

Terrasse : toit plat des maisons, espace intime du monde féminin.

Ruelle : petite rue étroite, métaphore du passage entre l’enfermement et la liberté.

Résonner : se faire entendre, se propager, se faire entendre symboliquement dans la société.

 

Last modified: Sunday, 30 November 2025, 11:05 AM