La définition de la littérature francophone subsaharienne porte en elle les traces d'une histoire complexe. Le terme désigne les œuvres écrites en français par des auteurs originaires d'Afrique subsaharienne, une région où la langue française fut historiquement implantée par la colonisation. En ce sens, cette littérature est fondamentalement une enfant de la rencontre, souvent violente et inégale, entre l'Europe et l'Afrique. Elle n'est pas née d'un choix culturel naturel, mais d'un contexte politique particulier, ce qui l'a placée dès l'origine dans une position dialectique : utilisant la langue du colonisateur pour exprimer une sensibilité, des réalités et, plus tard, des revendications qui lui étaient propres.
D'une simple extension de la littérature coloniale, où l'Africain était souvent un personnage exotique décrit par des auteurs européens (comme dans les récits d'aventure de Pierre Loti), elle s'est progressivement transformée en un espace de résistance et de réappropriation. Ce fut d'abord un espace de création où se forgeait une nouvelle voix littéraire ; puis un espace de critique acerbe des systèmes coloniaux et post-coloniaux ; et enfin un espace d'affirmation identitaire, où la question "Qui sommes-nous ?" a été posée avec une intensité croissante. L'évolution est donc linéaire dans son intention, mais riche dans ses expressions : on passe d'une Afrique objet du regard et du récit européen à une Afrique sujet de sa propre narration, déployant une multiplicité de voix.
Cette trajectoire peut être illustrée par deux citations emblématiques, à deux extrémités chronologiques. D'un côté, l'attitude extériorisante du XIXe siècle, que l'on pourrait résumer par cette phrase de l'explorateur Savorgnan de Brazza, rapportant sa vision : "Il s'agissait de faire connaître des pays et des peuples à peu près ignorés." De l'autre, la proclamation intériorisante et souveraine d'un Léopold Sédar Senghor au XXe siècle : "Je dis race, je dis culture, je dis négritude... et je chante l'Afrique." Cette opposition frappante montre le chemin parcouru : d'une littérature qui parlait de l'Afrique à une littérature qui parle depuis l'Afrique, assumant pleinement son droit à l'autoreprésentation et à la complexité.
Lexique :
· Dialectique : Processus de pensée ou de réalité où des forces opposées (ici, la langue imposée et l'identité à affirmer) entrent en interaction pour produire une nouvelle réalité.
· Exotique : Qui provoque un dépaysement, souvent perçu de l'extérieur avec une curiosité qui peut manquer de profondeur ou de respect.
· Acerbe : Mordre, sévère, critique sans concession.
· Emblématique : Qui sert de symbole parfait, de modèle représentatif.
Questions: « En vous appuyant sur des exemples précis, expliquez comment la littérature francophone subsaharienne est passée d’une littérature de protestation (la Négritude) à une littérature de désenchantement (post-indépendances), puis à une littérature d’invention formelle (contemporaine). »