TD n° 8 LLE        Les Bouts de bois de Dieu  (1960) d'Ousmane Sembène

Biographie de l'auteur

Ousmane Sembène , né en 1923 à Ziguinchor (Casamance, Sénégal) et mort en 2007, est considéré comme le « père du cinéma africain ». Issu d'une famille modeste de pêcheurs, il est d'abord élève à l'école coranique puis à l'école française, mais il est renvoyé pour avoir frappé un surveillant. Il devient alors tirailleur (soldat) dans l'armée française en Italie et en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il s'installe à Marseille où il devient docker et s'engage activement dans le syndicalisme. C'est à cette époque qu'il apprend à lire et à écrire et qu'il commence à écrire ses premiers romans. Son premier livre,  Le Docker noir  (1956), raconte l'histoire d'un docker africain à Marseille, avant de publier  Les Bouts de bois de Dieu  (1960),  L'Harmattan  (1964) et  Xala  (1973). Mais Sembène se tourne rapidement vers le cinéma, estimant que le film est plus accessible aux populations africaines analphabètes. Il réalise ainsi  La Noire de…  (1966, premier long-métrage africain),  Mandabi  (1968),  Emitaï  (1971),  Ceddo  (1977) et  Moolaadé  (2004). Son œuvre, profondément politique et sociale, dénonce les injustices du colonialisme, les abus des nouvelles élites post-indépendance et la condition des femmes.

Extrait :  Les Bouts de bois de Dieu  (chapitre sur Penda)

Penda était une femme qui avait appris très tôt que la vie ne donne rien sans qu'on lui arrache tout. À vingt ans, elle avait quitté son mari, non par infidélité, mais parce qu'il voulait faire d'elle une bête de somme. « Une femme n'est pas une charrette », avait-elle dit. Et elle était partie. Depuis, elle vivait seule, cousant des robes pour les femmes du quartier, élevant sa petite fille, et refusant la protection de tous les hommes qui lui faisaient la cour. Les femmes la disaient « dure », « orgueilleuse », « trop fière ». Les hommes, eux, la respectaient, mais la craignaient aussi.

Quand la grève éclata, Penda comprit tout de suite que ce combat ne concernait pas seulement les hommes. « Si les hommes respectent, nous, les femmes, nous devons tenir plus qu'eux », dit-elle un jour aux femmes rassemblées autour du puits. Les maris étaient partis, les enfants avaient faim, et les caisses de la section syndicale étaient vides. Mais Penda a eu une idée. Elle organise les femmes. Elles allèrent vendre les poissons séchés, les arachides, les quelques bijoux en ou qu'elles possédaient. Penda elle-même vendit sa machine à coudre, son seul bien. « La machine, je la rachèterai après la victoire », dit-elle en souriant. « Mais si les hommes perdus, nous perdrons toutes. »

Bakayoko, le chef syndicaliste absent, disait souvent : « Le colonisateur ne cèdea jamais devant la plainte. Il ne cède que devant le rapport de forces. » Penda n'avait pas lu ces mots dans un livre, mais elle les avait dans le ventre. Elle marchait en tête des femmes lors des manifestations. Elle refusait de s'agenouiller devant les gardes mobiles, elle refusait de baisser les yeux. Et quand la voix commençait à douter, sa claquait comme un fouet : « Debout, debout, mes sœurs ! La faim ne se négocie pas ! »

 

Explications des mots difficiles

Bête de somme

(Nom féminin) Littéralement « animal de charge » (âne, mulet). Au sens figuré, personne à qui on fait faire les tâches les plus pénibles sans reconnaissance.

Docker

(Nom masculin) Ouvrier qui travaille dans un port, chargé de charger et décharger les marchandises des navires. Métier très dur et physiquement éprouvant.

Tirailleur

(Nom masculin) Soldat originaire des colonies africaines serviteur dans l'armée française. Le terme désigne spécifiquement les régiments de « tirailleurs sénégalais » créés par l'armée coloniale française.

Rapport de forces

(Nom masculin) Équilibre ou déséquilibre des puissances entre deux adversaires. En politique ou en lutte sociale, c'est le moment où chaque camp mesure sa force réelle par rapport à l'autre.

Garde mobile

(Nom féminin) Dans le contexte colonial, unité de police ou de gendarmerie chargée du maintien de l'ordre et de la répression des mouvements contestataires.

Avoir dans le ventre

(Expression familiale) Avoir une connaissance ou une conviction profonde, viscérale, qui ne vient pas des livres mais de l'expérience directe de la vie.

Questions

1.      Pourquoi Penda quitte-t-elle son mari ? Que révèle ce choix sur son caractère ?

2.      En quoi la grève des hommes devient-elle aussi le combat des femmes ?

3.      Que symbolise le fait que Penda vende sa machine à coudre, son seul bien ?

4.      « La faim ne se négocie pas » : que signifie cette phrase ? Pourquoi Penda l'emploie-t-elle ?

5.      Selon vous, Penda est-elle une héroïne ordinaire ou exceptionnelle ? Justifiez.

6.      Pourquoi les hommes respectent-ils Penda tout en la craignant ?

7.      Quelle vision de la solidarité féminine ce texte propose-t-il ?

8.      « Le colonisateur ne cède que devant le rapport de forces » : appliquez cette idée à la situation des femmes dans l'extrait.

 


آخر تعديل: السبت، 11 أبريل 2026، 9:42 AM