Chapitre I I:
Les constituants du sol et leur origine
1. Formation et origine des sols
Le
sol est une formation naturelle, un milieu organisé qui se
transforme continuellement sous l'influence de processus physiques,
chimiques, biologiques et humains. Il évolue dans le temps et
dans l’espace.
Il se développe et croit à
la fois par sa base à partir de la roche mère (matière minérale)
et à la fois par sa surface constituée de matière organique
(débris d'origine végétale et animale).
Le sol résulte de l’union de la matière minérale provenant de la roche mère décomposée en argiles et de la matière organique fraîche provenant des débris organiques décomposée en humus. La croissance et l'évolution des sols se fait à des vitesses variables selon les zones climatiques.
1.1. Les constituants minéraux
Les sols minéraux proviennent d'une roche originelle appelée roche mère. Ils évoluent avec le temps, à mesure que la roche mère se dégrade sous l'effet de différents phénomènes, physiques, chimiques et biologiques, dus à l'action du climat, du drainage, du lessivage, de l'érosion, de la végétation et des organismes vivants. C'est ce qu'on appelle altération. Ainsi, des températures élevées du sol fragmentent les roches en petits morceaux, sous l'effet d'une alternance de réchauffements et de refroidissements. La roche mère se divise progressivement en particules; des surfaces plus importantes entrent en contact avec l'eau, et la composition chimique des minéraux en présence se modifie. Les éléments chimiques solubles partent avec l'eau (ils sont lessivés dans les profondeurs du sol, tandis que les produits moins solubles restent dans les couches supérieures du sol. L'altération se poursuit et, avec le temps, les sols minéraux évoluent pour devenir ce qu'ils sont aujourd'hui.
a) Altération mécanique
- Fragmentation tectoniques à diaclases
- Alternances gel-dégel (en climat suffisamment humide) =cryoclastie ou gélifraction.
Variations répétées de température (40-50°C d'amplitude journalière dans le Sahara) = alternance dilatation/rétractation thermique
Décompression : survient lorsque des roches ayant subit un enfouissement sont libérées de la pression lithostatique --> formation de joints de décompression pratiquement parallèles à la surface
b) Altération biogéochimique
* Solubilisation – dissolution
Réaction la plus simple, faisant intervenir de l'eau, ou un acide. Certains minéraux (halite, calcite) sont dissous totalement et leurs ions sont évacués en solution.
•solubilisation du quartz : SiO2 + 2 H2O à H4SiO4 (acide silicique) (solubilité faible)
* Hydratation et déshydratation
minéral+eau=nouveau minéral hydraté; la déshydratation étant le processus inverse.
• déshydratation du gypse pour produire de l'anhydrite: CaSO4.2H2O à CaSO4+ 2 H2O;
* Hydrolyse
Cation d'un minéral remplacé par le H+ d'une solution acide
•Hydrolyse de l’olivine --> dissolution complète : Mg2SiO4+ 4 H+ à 2 Mg2+ + H4SiO4
* Oxydation-réduction
Oxydation (transfert d’électron du réducteur vers l’oxydant)
4 FeS2+ 15 O2 + 8 H2O à 2 Fe2O3+ 8 H2SO4
Réduction
Fe(OH)3 + 3 H+ + e- à Fe2+ + 3 H2O
c) Les facteurs de l'altération
Le climat = facteur le plus important
une température élevée favorise la cinétique des réactions chimiques.
Précipitations : beaucoup de réactions se passent en milieu aqueux.
Solubilité des roches : les roches sédimentaires sont composés d’espèces minérales solubles (CaCO3, CaMg(CO3)2 ou dolomite, CaSO4 · 2 H2O ou gypse, …) ; les roches basaltiques et métamorphiques sont composées d’espèces minérales insolubles (hydrolyse, hydratation, oxydoréduction).
Structure de la roche: abondance, taille et forme de la fracturation des roches (sédimentaire ≠ métamorphique)
Présence de sol et de végétation : altération biochimique
Durée d’exposition
d) Les produits de l’altération
1/ structure d'un de la roche dont la forme est conservée = minéral primaire
2/ La partie jaune clair figure un plasma argileux dérivé du minéral = minéral secondaire
3/ La ligne brun rouge montre du fer libéré lors de l'altération de ce minéral = minéral secondaire
4/ Quartz = minéral primaire
5/ plasma argile-fer en place = complexe d’altération
- Particules granulométriques et minéraux primaires
On peut classer les constituants minéraux par diamètres en :
Eléments grossiers 0,2-20 cm
Blocs >20 cm
Pierres 5-20 cm
Cailloux 2-5 cm
Graviers 0,2-2 cm
Terre fine <0,2 cm
Sables grossiers 200-2000 µm
Sables fins 50-200 µm
Limons grossiers 20-50 µm
Limons fins 2-20 µm
Argiles granulométrique <2µm
Les particules dont le diamètre supérieur à deux micromètres (les graviers et cailloux, les sables, les limons) constituent le squelette du sol (élément sableux). Cette fraction est sans intérêt immédiat pour les plantes, mais est primordiale pour la porosité. Elle finira par se transformer en fraction fine par altération. Les particules dont le diamètre inférieur à 2 μm (argile et oxyde de fer et d’alumine) sont biologiquement et chimiquement actives. Elle est constituent les colloïdes minéraux du sol. La texture du sol : La texture est définie par les proportions relatives (%) de particules argileuses, limoneuses et sableuses qui constituent la terre fine du sol. Elle peut être appréciée au toucher sur terrain ou déterminée au laboratoire (analyse granulométrique) où l'échantillon de sol subit divers traitements : - Tamisage afin d'éliminer le squelette (fractions > 2 mm), - Destruction de la matière organique, - Destruction du calcaire, - Dispersion et agitation afin de démonter les agrégats, - Sédimentation différentielle et séparation des différentes fractions, - Dessiccation, tamisage et pesée des différentes fractions. Les classes de texture peuvent être délimitées graphiquement dans un triangle dont chaque côté soutient une échelle graduée (argile, limon ou sable).
Qualité minéralogique
Sables (quartz, feldspath, micas, plagioclases, calcite) et très peu de minéraux secondaires
Limons provenant de la désagrégation physique contiennent des quartz, des silicates altérables (micas, feldspaths…), de grandes argiles et minéraux carbonatés
Argiles granulométriques formées d’argiles minéralogiques, oxydes métalliques et gels colloïdaux (minéraux secondaires)
Il y a deux sortes de sols minéraux
Certains sols minéraux se forment à partir d'un matériau d'origine qui se décompose sur place en petites particules par suite de l'altération. On les appelle sols résiduels.
D'autres sols minéraux se forment à partir de petites particules provenant de sols minéraux situés ailleurs, qui ont été transportées sur une certaine distance et qui se sont déposées. On les appelle sols sédimentaires.
Sols formés à partir d'un matériau originel local: sols résiduels
Les sols résiduels se trouvent généralement dans les collines; ils s'étendent jusqu'au bas des versants, le long des bords des vallées. Il est rare que l'on trouve des sols résiduels sur de grandes étendues planes. Ils se situent le plus souvent dans des zones allant de la pente douce aux escarpements abrupts. La présence de roches entières ou de débris rocheux partiellement décomposés dans le sous-sol indique que le sol résiduel s'est formé sur place.
Sols provenant d'un matériau originel transporté: sols sédimentaires
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1.2 La fraction organique
Les
végétaux sont composés de molécules organiques. Les débris
de végétaux et d'animaux déposés sur le sol tout au long de
l'année forment la première couche du sol, appelée litière
ou matière
organique fraîche.
La matière organique fraîche est formée de détritus d'origines
végétale et animale de nature différente selon le lieu. Ce sont:
les feuilles mortes, les écorces, les bois morts, les cadavres
d'animaux qui recouvrent le sol des sous-bois et forment la
litière forestière; ce sont: la paille, les herbes, les résidus de
cultures, dans les champs, les prairies et les milieux
cultivés qui restent sur le sol après la récolte et les
moissons.
La matière organique fraîche est constituée: de matières
composées de carbone (C) et d'éléments minéraux. Peu ou pas
transformée, la matière organique fraîche constitue la matière
première de l'humus.
La
décomposition des matières organiques va libérer des ions
H+ et
interférer sur le PH (acidité) du sol.
Décomposition
de la matière organique fraîche - Humus
Déposée sur le sol la matière organique fraîche va être
progressivement décomposée. Le mécanisme de décomposition
va transformer la matière organique en gaz carbonique (CO²) et
libérer les éléments minéraux organiques quelle renferme.
Le sol renferme un grande quantité d'organismes vivants (bactéries,
champignons, acariens, vers de terre, limaces, escargots, scarabées,
fourmis, larves, taupes, mulots, ...). Ce sont ces organismes
qui vont décomposer la matière organique fraîche , libérer ses
composés qui vont subir un processus de minéralisation
ou d'humification.
Minéralisation
Une partie des composés subit un processus de minéralisation en
libérant des composés minéraux solubles: sulfates (SO42-),
phosphates (PO43-), ammonium (NH4+) , nitrates
(NO3−) ou
gazeux: gaz carbonique (CO²),
Humification.
Une autre partie donne des molécules nouvelles complexes, de nature
colloïdales* qui vont constituées l'humus:
c'est le processus d'humification.
L'humus est
composé de plusieurs composés humiques, les principaux sont les
acides fulviques, les acides humiques et l'humine.
Par la suite les composés humiques qui forment l'humus, vont se
minéraliser lentement à leur tour. C'est la minéralisation
secondaire: ils se transforment en minéraux solubles ou gazeux
: (CO², SO42- ,
PO43- ,
NH4+ , NO3−,
Les principaux types d’humus : selon le milieu et le type de végétation, nous distinguons :
- Le mor : En milieu peu actif, la décomposition des litières est lente, l'horizon organique est épais, brun noir, fibreux et acide.
- Le moder : En milieu biologiquement plus actif mais sans bioturbation, l'horizon organique est moins épais et constitue un moder.
- Le mull : En milieu biologiquement très actif, la décomposition est très rapide, l'horizon organique disparaît et apparaît un horizon A (horizon de surface) grumeleux, composé d'agrégats argilo-humiques à fer et aluminium.
1.3Les complexes colloïdaux
Les
colloïdes sont des macromolécules organiques ou minérales qui,
placées dans l'eau, ne forment pas une solution, mais forment une
suspension colloïdale.
La formation de cette pseudo
solution s'explique par le fait que la taille de ces macromolécules
est plus grande que celle des " vides " offerts dans le
maillage des molécules d'eau, vides qui accueillent les petites
molécules dont on dit qu'elles sont dissoutes dès lors qu'elles
sont " cachées " dans ce maillage.
Dans
le milieu aqueux, les micelles colloïdales sont animées de
mouvements de types browniens. Ces mouvements sont dus, au moins en
partie, au fait que les colloïdes adsorbent des charges électriques
négatives ou positives qui entraînent des mouvements de répulsion
entre les micelles.
Dans la nature, les colloïdes peuvent être, soit électronégatifs (argiles, humus, complexe fer - silice), soit électropositifs (oxydes de fer, oxydes d'alumine, amidon).
La présence d'une couche d'adsorption de charges électriques de même signe à la surface d'une substance colloïdale explique que des charges électriques de signe contraire soient attirées, plus ou moins fortement, par les micelles. Par exemple, autour des colloïdes électronégatifs comme les argiles ou les humus, se forme un nuage de charge positives constitué essentiellement par des ions hydrogène (H+ ou H3O+) et des cations métalliques (Ca++, Mg++, K+, Na+, Fe+++ ou Fe++, Al+++) ou de l'ammoniac (NH4+).
Lorsque le nuage de charges positives autour d'une micelle électronégative est très lâche, souvent parce que les charges positives sont en petite quantité, les micelles, de même signe, se repoussent mutuellement, ne peuvent se déposer et occupent tout le volume du liquide. On dit que les colloïdes sont dans l'état dispersé.
Si le nuage de charges positives est dense autour des colloïdes, soit parce qu'on en a rajouté, soit parce que la richesse en cations du sol permet cette densité du nuage dans la solution du sol, les micelles ne peuvent plus se repousser. La neutralisation des charges négatives par les charges positives permet de surcroît aux colloïdes de s'agglomérer et de former un floc. On dit que les colloïdes sont dans l'état floculé.