M Ghouti D Master II Microbiologie

Virologie 2025-2026


1.3. Moyens de défense contre l’infection virale

Trois lignes de défense successives s’opposent à l'infection virale : 1/ à la frontière de l’organisme, la peau et les muqueuses ; 2/ l’immunité innée; 3/ l’immunité acquise.


1.3.1. La peau et les muqueuses

La peau présente en surface une couche de kératinocytes morts, de sorte qu’une peau saine constitue une barrière efficace contre les infections virales … sauf accident : cette barrière peut être franchie par les virus en cas de piqûre, érosion ou morsure (ou artificiellement par transfusionde sang, greffe d’organe ou de tissu).

Les muqueuses, au niveau de l’oeil, l’arbre respiratoire, le tube digestif, le tractus génito-urinaire,présentent en surface des cellules épithéliales vivantes. Certains éléments protecteurs sont associés aux muqueuses : sécrétion de mucus, pH extrêmes (tube digestif, vagin), enzymes protéolytiques (larmes, tube digestif), tapis muco-ciliaire (bronches). Cependant, ces cellules constituent une barrière moins efficace que la peau, voire une véritable porte d’entrée, en raison de leur caractère

fréquemment sensible et permissif vis à vis de nombreux virus. De fait, de nombreuses infections virales ont une porte d’entrée muqueuse, les virus infectant l’homme par inhalation (grippe),ingestion (entérovirus) ou par rapport sexuels (HIV, herpès génital). À noter que des ulcérations de la muqueuse génitale, dans le cadre d’une maladie sexuellement transmissible (MST) comme l’herpès génital, favorisent la transmission du HIV.

1.3.2. Immunité naturelle innée

Elle est non spécifique, distinguant le soi du non-soi, et se dirige contre ce dernier. Les virus sont constitués d’acides nucléiques spécifiques et d'antigènes, structuraux et/ou fabriqués par les cellules infectées. Ces « motifs microbiens » (ou PAMPS pour «pathogen associated molecular patterns»), sont reconnus comme étrangers par l'organisme, suite à leurs interactions avec des récepteurs de type PRR (pour « pathogen recognition receptor ») exprimés à la surface de nombreuses cellules

immuno-compétentes.

Cette reconnaissance déclenche l’immunité naturelle innée, qui ne nécessite aucune immunisation préalable. Ainsi, elle intervient dans les heures, voire les minutes suivant l’infection. Elle met en jeu de nombreux acteurs (cytokines, cellules sentinelles, cellules NK) aux actions diverses et enchevêtrées : action proprement antivirale, mais aussi potentialisation mutuelle de ces éléments de défense naturelle, et préparation de la ligne de défense suivante constituée par l’immunité acquise.

1.3.2.1. Cytokines

Parmi une vingtaine de cytokines, les interférons alpha et béta (IFN- α/β) sont produits par les cellules infectées et les cellules dendritiques. En se fixant aux cellules saines, ils y induisent un état antiviral par la synthèse de protéines antivirales d'information cellulaire. Ces dernières bloquent la traduction des ARN messagers viraux par des mécanismes complexes. Par ailleurs, ces IFN stimulent les cellules NK.

Ces IFN ont une spécificité d'espèce mais n'ont pas de spécificité de virus (large spectre): les virus sont tous inducteurs d'interférons et sensibles aux interférons, mais à des degrés divers. Les IFN sont, comme les hormones, actifs à très faibles doses et peu toxiques. Leur rôle dans les défenses naturelles antivirales est probablement très important car des animaux des laboratoires, infectés de façon asymptomatique par divers virus, font après administration de sérum anti-interféron une infection mortelle. La fixation des IFN sur la cellule y induit la transcription de plus de 300 gènes,

et l’on est loin de connaître tous leurs effets. Le traitement par IFN- a une activité partielle mais bien démontrée dans les hépatites B et C.

1.3.2.2. Cellules présentatrices d’antigène

Les cellules dendritiques et les macrophages produisent de l’IFN et d’autres cytokines et elles président à la mise en place de l’immunité acquise : elles internalisent et apprêtent (processing) les antigènes viraux. Ces cellules migrent dans les ganglions lymphatiques pour y informer ("éduquer") les cellules T et B.


1.3.2.3. Cellules NK

Les cellules NK (natural killer) ont une activité antivirale directe : elles reconnaissent les cellules infectées comme étant anormales et les lysent (comme elles lysent les cellules cancéreuses). Par ailleurs, elles secrètent diverses cytokines. Elles expriment à leur surface des récepteurs de type Toll Like (TLR), qui font partie des PRR, impliquées dans la reconnaissance du non-soi. Ainsi, vis-à-vis d’un agent infectieux ou d’une cellule cancéreuse, elles développent une manifestation de xénophobie primaire, indifférenciée, rapide, et souvent efficace. A contrario, la sensibilité

particulière du nouveau-né à certaines infections virales, comme l’herpès, s’explique par l’immaturité physiologique transitoire de ses macrophages et de ses cellules NK.


1.3.2.4. Complément

En coopération avec des anticorps naturels, à spécificité large, le complément lyse les cellules infectées et les virus à enveloppe.


1.3.2.5. Fièvre

La fièvre est un autre moyen de défense de première ligne : au fur et à mesure que la température augmente, la multiplication virale diminue, car la plupart des virus ne se multiplient pas ou mal à 40°C.

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