M Ghouti D Master II Microbiologie |
Virologie 2025-2026 |
1.3.3. Immunité acquise spécifique
1.3.3.1. Schéma général
L’immunité acquise est plus subtile que l’immunité innée. Les cellules effectrices sont, pour l’essentiel, les lymphocytes B (à l’origine de la sécrétion d’anticorps) et les lymphocytes T CD8+ (aboutissant à la lyse les cellules infectées, appelés alors CTL pour cytotoxic T lymphocytes).
Chaque lymphocyte cible un antigène particulier, fait de quelques peptides (épitopes), grâce à un récepteur spécifique situé à sa surface, anticorps pour les lymphocytes B, et TCR (T cell receptor) pour les lymphocytes T.Pour s’attacher de façon spécifique aux divers épitopes des innombrables agents infectieux menaçant notre organisme, une variété considérable de ces récepteurs est nécessaire alors que quelques centaines de gènes suffisent à coder les récepteurs impliqués dans l’immunité innée. Les
gènes codant cette multitude d’anticorps et de TCR proviennent de multiples réarrangements,s’effectuant dans les cellules lymphocytaires, entre gènes du génome humain.Les lymphocytes T CD4+ sont, en position centrale, les chefs d’orchestre de l’immunité acquise :une fois informés par les cellules dendritiques qui leur présentent les antigènes viraux élaborés à partir du virus infectant (processing ou apprêtement), des lymphocytes CD4+ auxiliaires (helper ou Th) favorisent, par la sécrétion de diverses cytokines, d’une part l’évolution des lymphocytes B en plasmocytes producteurs d’anticorps circulants, et d’autre part l’évolution des lymphocytes T CD8+en CTL.
La mise en place de l’immunité acquise demande un délai de plusieurs jours ou semaines. Il persiste ensuite une mémoire immunitaire : grâce à la constitution de cellules à mémoire B ou T, à longue durée de vie et spécifiques de l’antigène immuno-inducteur, une réinfection par le même virus entraîne un redéploiement rapide de l’immunité acquise (anticorps et CTL spécifiques), et cela particulièrement au niveau des muqueuses, porte d’entrée de la plupart des virus dans l’organisme.
1.3.3.2. Anticorps
Les anticorps sont produits par les lymphocytes B (dont ils sont les récepteurs de surface) et excrétés sous forme circulante (dans le sang et les liquides biologiques) par les plasmocytes. Les anticorps protecteurs peuvent être assimilés aux anticorps neutralisants. Ceux-ci annulent ou réduisent le pouvoir infectieux des virus in vitro en culture cellulaire, ou in vivo chez l'animal d'expérience. Ces anticorps neutralisants sont dirigés contre les antigènes de surface du virus (capside pour les virus nus, glycoprotéines d’enveloppe pour les virus enveloppés). Les anticorps
dirigés contre les antigènes internes du virus, également suscités par l’infection, ne sont pas protecteurs ; ils témoignent simplement de l'infection. En effet, la neutralisation par les anticorps est la conséquence d’une altération de l'attachement du virus, de sa pénétration, voire de sa décapsidation. Les anticorps neutralisants ont donc pour cible les virus extracellulaires. Les anticorps ne pénètrent pas dans les cellules et sont donc sans action sur la réplication. Les anticorps viraux sont des immunoglobulines (Ig) appartenant essentiellement aux IgA dans les sécrétions muqueuses, et aux IgG et IgM dans le sérum. Les IgM antivirales disparaissent
généralement quelques semaines après la primo-infection.
Le titre des anticorps viraux culmine à la convalescence. Ils interviennent moins dans la guérison de l'infection que dans la protection vis-à-vis d'une réinfection ultérieure.
1.3.3.3. Lymphocytes T CD8+ cytotoxiques ou CTL
Les antigènes impliqués ici sont les antigènes viraux présentés par la cellule infectée au niveau de sa membrane cytoplasmique. Ces antigènes proviennent des protéines virales produites à l’intérieur de la cellule infectée et apprêtées par passage à travers le protéasome (processing, qui fragmente la protéine en courts polypeptides ou épitopes).
Point important, ces antigènes viraux ne sont reconnus par le TCR de la surface des lymphocytes T CD8+ que s’ils sont transportés et présentés à la surface de la cellule infectée par un composant ducomplexe majeur d’histocompatibilité (CMH, ou MHC en anglais) de classe-I. On dit que la cytolyse par les CTL connaît une restriction CMH-I. Cette lyse exige le contact entre cellules cibles et cellules immunitaires à travers une double reconnaissance de l’antigène viral, par le CMH-I et par
le TCR ("complexe ternaire"). C'est le "baiser qui tue", avec les "deux bras" du CTL : sécrétion d’une part de perforines et de granzymes (sérines protéases) qui nécrosent la cellule infectée, et d’autre part de Fas-ligand qui en se liant au Fas de la cellule infectée y déclenche un signal de mort programmée (apoptose).
Il existe d’autres mécanismes de cytotoxicité à médiation cellulaire, notamment la cytotoxicité des cellules tueuses (cellules K, pour Killer) dépendant des anticorps, ou ADCC (antibody-dependant cell-mediated cytotoxicity). Grâce à un récepteur au fragment Fc des IgG, ces cellules reconnaissent et tuent les cellules infectées recouvertes d’anticorps viraux IgG.