M Ghouti D Master II Microbiologie |
Virologie 2025-2026 |
1.3.4. Interactions et ambivalence des réactions de défense
1.3.4.1. Complémentarité
Il n'est pas facile de dissocier les différents moyens de défense, tant ils sont à la fois redondants et complémentaires :
* la complimentarite entre l'immunité humorale (anticorps) et l'immunité cellulaire.
* À côté des cytotoxicités à médiation cellulaire par les cellules NK, les lymphocytes T, les cellules K, il existe une cytotoxicité par anticorps dépendant du complément, aboutissant elle aussi à la lyse des cellules infectées.
On pourrait multiplier à l’infini les exemples de tels enchevêtrements. Il y a finalement "surdétermination" des divers mécanismes de défenses contre l'infection virale (un même effet est produit par différents acteurs), et un même acteur, les cytokines notamment, joue dans plusieurs pièces (pléiotropisme).
1.3.4.2. Immun pathologie
Ces moyens de défense sont "ambivalents", c'est-à-dire tantôt favorables, tantôt défavorables. Lorsque la réponse immunitaire est délétère pour l’organisme, on parle d’immun pathologie. Les exemples en sont nombreux :
* Les hépatites aiguës (voire fulminantes) observées au cours des infections par le virus de l’hépatite B sont dues à une cytotoxicité T dirigée contre les hépatocytes infectés.
* L’essentiel de la déplétion en cellules T CD4+ observée au cours du SIDA porte sur des cellules non infectées par le VIH mais détruites par une activation inappropriée du système immunitaire induite par l’infection virale.
1.3.5. Echappement aux défenses immunitaires
Les virus ont évolué en développant de nombreux mécanismes d'échappement aux défenses immunitaires, selon un processus d’adaptation réciproque et co-évolution des virus et de leurs hôtes. Ces stratégies d’échappement sont notamment utilisées par les virus capables d’induire des infections chroniques ou persistantes. Les deux principales stratégies utilisées (de façon non exclusive l’une de l’autre) apparentent respectivement au camouflage et au sabotage.
1.3.5.1. Camouflage
Le camouflage des virus consiste à ne pas se faire reconnaître du système immunitaire. Trois procédés essentiels sont utilisés :
* Variabilité génique ou antigénique : c’est la modification des épitopes par mutation (ou parfois par recombinaison génétique). Cela concerne surtout les virus à ARN, comme les virus de la grippe et le virus de l'hépatite C, car l’ARN polymérase ARN-dépendante qui réplique le génome n'a pas de mécanisme de correction des erreurs, d'où la facilité des mutations. La transcriptase inverse (ADN polymérase ARN-dépendante) du HIV manque également d'un mécanisme de correction d'erreur.
* Latence virale : après la primo-infection, le génome viral persiste dans la cellule, intégré ou non dans le génome cellulaire, mais il ne s'exprime pas, ou n'exprime qu'une partie de son information génétique. Ainsi, il ne produit pas d'antigène et échappe donc aux défenses immunitaires. C'est le cas, notamment, des herpèsvirus, des polyomavirus, des papillomavirus, du virus de l'hépatite B, des rétrovirus. Ces virus latents échappent également aux antiviraux qui sont essentiellement des inhibiteurs de la multiplication virale. Donc, le virus en phase de latence "survit en faisant le mort" et il est difficile ou impossible de le déloger.
* Perturbation des processus de présentation antigénique : les herpèsvirus, en particulier, sont passés maîtres en la matière, inhibant soit le processing des antigènes viraux et leur transport à la surface des cellules (infectées ou présentatrices d’antigène), soit l’expression des molécules du CMH (classe I ou II), dont la co-expression est nécessaire à la bonne reconnaissance de ces antigènes viraux par l’immunité adaptative.
1.3.5.2. Sabotage
Le sabotage des mécanismes de défense de l'hôte consiste à détruire ou perturber directement les acteurs et mécanismes de la réponse immunitaire, innée ou adaptative. Ainsi, les herpèsvirus (et en premier lieu, le CMV) peuvent perturber le fonctionnement des cellules NK, tandis que le HIV va essentiellement toucher les cellules T CD4+, acteurs essentiels de l’immunité adaptative.
A côté de ces effets cellulaires directs, un autre mécanisme important repose sur la production de protéines virales altérant ou bloquant les différents mécanismes de défense. C'est le fait des gros virus à ADN (poxvirus, adénovirus, herpèsvirus) chez qui une grande partie du génome va coder pour des protéines capables de perturber le fonctionnement des facteurs cellulaires solubles impliqués dans l’immunité : il s'agit en particulier de protéines capables d'antagoniser les IFN et autres cytokines antivirales, ou le complément. Ces protéines virales sont, pour une grande part, des
homologues de protéines cellulaires de notre système de défense antivirale, jouant ainsi le rôle de leurres. Elles viennent sans doute du piratage de gènes cellulaires. Ainsi on parle de virokines, analogues de cytokines cellulaires, de virorécepteurs, analogues des récepteurs de virokines cellulaires.
Enfin, certains virus (adénovirus et herpèsvirus) sont capables d'inhiber l'apoptose des cellules infectées induites par l’immunité, facilitant ainsi la persistance de l’infection virale.